Risques dans les tours de refroidissement - Radio-Canada

3 juin 2015

Le 28 mai dernier, notre directeur technique du groupe de gestion des eaux, Pierre Hiernaux, Ph.D, était en entrevue à la chaine de radio de Québec de Radio-Canada. Il a répondu à plusieurs questions concernant la présence de légionelle dans les tours de refroidissement. Voici un sommaire de l’entrevue :

Q : Est-ce possible d’éliminer complètement la légionelle?

Non il n’est pas possible d’éliminer complètement la présence de légionnelle car elle arrive dans toutes les installations de refroidissement par l’eau potable, l’eau d’une rivière ou d’un fleuve. Étant donné que l’équipement consomme de l’eau continuellement, la bactérie ne cesse d’arriver dans ces systèmes.

Q : Comment arrive la légionelle?

Elle arrive par la porte d’eau du système, elle est présente en très faible concentration dans l’eau potable, par exemple. La problématique est lorsqu’elle se retrouve dans la tour de refroidissement car la température de l’eau augmente légèrement. On se retrouve alors avec une eau qui reste dans l’installation durant des heures voir même des jours et c’est à ce moment que la bactérie possède toutes les conditions nécessaires pour se développer et se multiplier. C’est à ce moment qu’on retrouve des concentrations très importantes de la bactérie dans la tour.

Q : Qu’elles sont les conditions favorables qui lui permettent de se développer?

La température de l’eau, souvent très tiède dans une tour de refroidissement et la présence des nutriments qu’il lui faut, sont, par exemple, des conditions favorables à sa multiplication et son développement.

Q : Est-ce que la rouille est un nutriment pour la bactérie ?

Ce n’est pas vraiment un nutriment pour la bactérie, il s’agit plutôt d’un refuge pour elle. Elle va s’installer dans les dépôts de corrosion, de tels dépôts lui permettent de se multiplier plus facilement car elle est protégée. Une fois à l’abri il est difficile de la déloger.

Q : À partir de quand un niveau de légionelle n’est plus acceptable?

Il y a un premier niveau de concentration de 10 000 UFC/Litre qui dans la règlementation demande une réaction immédiate. Il faut alors trouver la problématique et mettre en œuvre les moyens nécessaires pour le régler et redescendre en dessous de 10 000 UFC/Litre. Il y a un niveau 100 fois plus élevé qui se situe à 1 000 000 UFC/Litre, c’est le niveau d’urgence soit le niveau où il y a un risque pour la santé. Il faut alors agir immédiatement en arrêtant les ventilateurs et les installations afin de procéder à une désinfection dans les plus brefs délais.

Q : Est-ce qu’à 10 000 UFC/Litre on commence à jouer avec le feu?

En effet à 10 000 UFC/Litre ou plus on offre des conditions favorables à la bactérie pour pouvoir se développer car elle est confortable dans la tour de refroidissement ce qui n’est pas bon signe.

Q : Est-ce qu’à 10 000 UFC/Litre il peut y avoir des risques pour la santé?

Généralement les niveaux faibles ne sont pas source de maladie. C’est une généralisation avec tous les cas mondiaux répertoriés de légionnelle, il faut de plus grandes concentrations pour qu’il y ait des cas de légionellose.

Q : Devrait-on songer à faire plus que seulement tester les installations une fois par mois?

Il est important de mentionner que la deuxième phase de règlementation de 2013 demandait des certifications, l’année d’ensuite on demandait les tests obligatoires au 30 jours. Nous commençons à avoir toutes les armes pour surveiller adéquatement les tours d’eau, nous allons donc dans la bonne direction. Mais au-delà de tout ça il y a une prise de conscience et une demande d’effort supplémentaire pour la surveillance des tours d’eau. Cela peut prendre beaucoup de temps avant que tout soit correctement implanter à tous les niveaux.

Q : Est-ce laborieux de faire l’entretien et la surveillance des systèmes de refroidissement et des tours d’eau?

Ça l’est en quelque sorte car les tours d’eau demandent des inspections et des analyses d’eau quotidiennes pour des grosses installations, cela demande du temps et des ressources.

Q : Comment fait-on les tests dans les tours de refroidissement?

Généralement, si c’est une grosse installation, il faut qu’il y ait quelqu’un sur place et affecté à l’inspection, la surveillance et l’entretien des tours. Sinon, cela nécessite d’y aller au minimum une fois par semaine pour aller faire les tests et s’assurer que tout va bien.

Q : N’y aurait-t-il pas moyen d’avoir une technologie qui surveillerait le niveau de légionelle pour nous?

Il n’y a jamais trop de surveillance, s’il y avait un tel moyen représentatif cela faciliterait les choses.

Q : Y-a-t-il un appareil qui pourrait mesurer la légionelle pour nous?

Non cela n’existe pas encore, il n’y a pas de tel test légionelle. La meilleure façon de savoir s’il y a un problème est de mesurer la concentration de légionelle. Il y a des équipements qui pourraient mesurer autre chose mais ce ne serait que des indicateurs. La solution miracle serait d’avoir un appareil qui mesurerait la quantité de légionelle présente dans l’eau pour nous en continu. Mais nous n’en sommes malheureusement pas encore là.

Q : En conclusion, comment peut-on expliquer les seuils européens plus bas que les nôtres?

Il y a des règlementations à 1000 et d’autres plus basses. Ce qu’il faut voir c’est que les choses bougent rapidement depuis la crise de 2012 qui rappelons-le est récente. Les seuils européens remontent à une dizaine d’années donc c’est aussi une problématique présente depuis longtemps. Je suis sûr que cela est juste une étape et qu’il y aura un resserrement des normes et qu’on se dirigera vers des seuils plus bas de 1000 UFC/Litre. Je pense que c’est la tendance et il y aura surement un consensus pour aller de l’avant. Il reste à raffiner ce plan d’attaque et à devenir plus contraignant pour abaisser les limites déjà en place.

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