Qu’est-ce que la légionelle?

La légionelle est une bactérie présente dans l'eau. Elle est responsable de la légionellose. Depuis son identification en 1977, la «maladie du légionnaire» a été le sujet d’une multitude d’enquêtes, de rapports et de recommandations concernant ses modes de transmission et les moyens de contrôle appropriés. Jugée mystérieuse lors du premier cas recensé, cette infection demeure encore aujourd’hui une source d’incidents tragiques, malgré la compréhension du phénomène. En effet, le CDC (Centers for Disease Control and Prevention) estime que la maladie affecte de 10 000 à 15 000 personnes annuellement aux États-Unis, alors que l’OSHA (Occupational Safety & Health Administration) avance le nombre de 25 000 cas, responsables de plus de 4 000 décès. Selon d’autres organismes, ce nombre pourrait même dépasser 100 000 cas par année (AWT, 2003).

 

Le contrôle de la légionelle, bactérie responsable de cette infection, est maintenant inclut dans la législation dans de nombreux pays du monde, ainsi qu'au Québec et cette exigence ne saurait tarder, dans le reste du Canada ainsi qu’aux États-Unis.

Qu'est-ce que la Légionellose?

La légionellose est une infection du système respiratoire provoquée par les légionelles. L’espèce la plus fréquemment responsable de la maladie, dans plus de 90% des cas, est la Legionella pneumophila, le sérogroupe 1 étant mis en cause dans près de 85% des infections. La Légionellose se manifeste sous deux formes cliniques: la maladie du légionnaire et la fièvre de Pontiac. La fièvre de Pontiac est une forme bénigne de légionellose. Elle se guérit spontanément après 3 à 6 jours et est rarement diagnostiquée comme une infection par la Legionella.

La maladie du légionnaire constitue une forme grave de pneumopathie qui entraine le décès dans environ 15 % des cas. Elle est généralement associée à une forte fièvre, une toux sèche, des douleurs musculaires, des troubles digestifs et une confusion mentale. L’incubation varie habituellement de 2 à 10 jours.

Cette maladie affecte essentiellement les personnes auxquelles les conditions suivantes s’appliquent : maladies respiratoires chroniques, diabète, maladies immunodépressives, traitements immunodépresseurs, tabagisme ou alcoolisme.

L'âge avancé est un facteur influençant la susceptibilité à la maladie.

Quel est le mode de transmission?

Quand les conditions sont favorables, les légionelles peuvent se développer dans de nombreux milieux artificiels, notamment les réseaux d’eau domestiques et les circuits de refroidissement. Cependant, la seule présence de légionelles dans l’eau n’est pas une condition suffisante pour provoquer la maladie. L’infection se produit par l’inhalation d’un aérosol (microgouttelettes de taille inférieure ou égale à 5 μm, taille prépondérante pour la pénétration dans les alvéoles pulmonaires) d’eau contaminée. Les bactéries sont ainsi véhiculées aux poumons par l’aérosol.

Trois facteurs doivent donc être réunis pour provoquer l’infection :

  • Eau contaminée par les légionelles
  • Dispersion de l’eau contaminée par aérosol
  • Inhalation de l’aérosol

Quelles sont les installations à risque?

Les sources de contamination sont les installations qui favorisent la multiplication des légionelles et les dispersent sous forme d’aérosol, telles que :

  • Les douches des réseaux d’eau chaude domestique
  • Les tours de refroidissement
  • Les systèmes de climatisation
  • Les bains à remous (spas)
  • Les bains à remous, spas, jacuzzis
  • Les humidificateurs, brumisateurs
  • Les équipements médicaux producteurs d’aérosols

Les établissements hautement concernés par le risque d’infection comprennent évidemment les centres de santé et autres endroits accueillant des personnes à risque (hôpitaux, résidences pour personnes âgées). Les édifices industriels et de services possédant une tour de refroidissement, les immeubles d’habitation et autres sites recevant des visiteurs, tels les hôtels, campings, salles de sport, piscines, etc.) sont également susceptibles d’être à la source d’une éclosion de légionellose.

Même si plusieurs types d’installations ont été identifiés comme sources potentielles d’infection, nous traiterons ici exclusivement des risques de développement des légionelles dans les tours de refroidissement.

Comment les tours de refroidissement peuvent-elles devenir une source d'infection?

Les tours de refroidissement ont pour fonction de rejeter la chaleur vers l'atmosphère en utilisant l'évaporation de l'eau. Pour favoriser ce phénomène, les structures comprennent des composantes permettant la diffusion de l’eau dans un courant d’air de refroidissement. Dans ce processus permettant l’évaporation, il y a toutefois un risque de formation de gouttelettes qui peuvent être entraînées par le flux d’air. Contrairement à l’eau évaporée, les gouttelettes ont la même composition que l’eau du réseau de refroidissement et sont donc susceptibles de véhiculer des bactéries. Même si les tours de refroidissement sont habituellement pourvues de séparateurs de gouttelettes, l’entraînement d’une bruine d’eau est souvent inévitable et peut donc être la source d’infection.

Qu'est-ce qui favorise la prolifération de la légionelle dans les tours de refroidissement?

D’une part, il faut considérer la température de l'eau qui se situe généralement entre 30 et 35°C, alors que les températures de 25 à 40°C correspondent à la plage favorable au développement de la légionelle. D’autre part, ces systèmes constituent d'excellents dépoussiéreurs qui peuvent accumuler beaucoup de débris provenant de l’air. Ces contaminants représentent des sources nutritives pour les bactéries. De plus, l’accumulation de ces débris sous forme de boue peut produire des sites favorables à leur prolifération.

Les phénomènes de corrosion, d’entartrage et d’encrassement constituent des facteurs aggravants dans ces systèmes puisqu’ils rendent disponibles des matières nutritives, favorisent le développement des bactéries en général et produisent des milieux favorables à la prolifération de ces micro-organismes. D’autres facteurs auront aussi pour effet d’amplifier le risque de développement de la légionelle. On peut mentionner ici la stagnation de l’eau (présence de bras mort, de zones à faible turbulence, de conditions d’opération intermittente…), la qualité de l’eau (concentration en nutriments, présence de certains minéraux, matières en suspension…) ainsi que la condition des surfaces en contact avec l’eau (rugosité, aspérités, dépôts de tartre, résidus de corrosion, type et âge des matériaux…).

Comment gérer le risque?

Bien sûr, la conception et l’implantation de la tour de refroidissement et de l'ensemble de son réseau représentent des facteurs importants pour le contrôle du risque d’infection. Les meilleures conditions permettront de limiter la formation de bruine d’eau et sa possible introduction dans les prises de ventilation. Un contrôle régulier de l'état de l’équipement et une maîtrise de la qualité de l’eau sont évidemment indispensables.

 

La gestion du risque d’infection par la légionelle repose donc sur un entretien adapté au fonctionnement de l'installation, un programme de traitement d'eau pertinent, un suivi régulier et rigoureux de la qualité de l’eau, une vigilance accrue lors des périodes sensibles et une mesure systématique de l'efficacité des procédés de traitement anticorrosif, antitartre et antimicrobien mis en place. Les évaluations de performance par l’instrumentation et les techniques d’analyse appropriées constituent donc des éléments importants dans la gestion globale du risque.

La légionelle... êtes-vous en contrôle ?

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