Plans d’action

Gestion des installation à risque

Le contrôle du risque par les gestionnaires de ces installations constitue un problème complexe, qui nécessite l’évaluation et, au besoin, la modification de multiples paramètres, comme le changement de l'installation ou de son mode de fonctionnement, la mise en place de traitements complets et la surveillance de paramètres physiochimiques et microbiologiques spécifiques.

Lutter contre les légionelles signifie utiliser des biocides dont l'efficacité contre les bactéries, les algues et les protozoaires a été prouvée, mais également s'attaquer simultanément aux principaux facteurs favorisant leur croissance. Ceci implique de prévenir la formation des biofilms et d'éviter tout phénomène de corrosion et d'entartrage. Les traitements en place doivent être optimisés régulièrement par le suivi de plusieurs indicateurs physiochimiques et microbiologiques. Leur performance doit aussi être vérifiée. Ces indicateurs donnent une information pertinente du niveau de contrôle du traitement, mais il n'existe pas de corrélation directe avec les concentrations en légionelles qui doivent, par conséquent, être mesurées.

Comme les doses infectieuses ne sont pas bien connues, maintenir une faible concentration en légionelles dans les établissements accueillant des personnes à risque est le meilleur moyen de minimiser les risques de légionelloses.

Surveillance des sites

Pour gérer efficacement les installations à risque, il est primordial d’instaurer une surveillance accrue, permettant de réagir rapidement en cas de prolifération des légionelles. Cette réalité nous a amené à développer une méthode efficace pour analyser l’eau des systèmes de refroidissement et des réseaux de distribution d’eau chaude domestique.

Cette méthode utilise une technique d'amplification génique pour détecter et dénombrer les légionelles. Un fragment d'ADN, spécifique au genre Legionella ou à l'espèce Legionella pneumophila, est ciblé par des amorces spécialement conçues pour ces bactéries, puis est amplifié de nombreuses fois, jusqu'à ce qu’on puisse la détecter et la quantifier.

Les principaux avantages de cette technique sont, tout d'abord, une grande rapidité, puisque les résultats sont disponibles en 24 heures, alors que la méthode conventionnelle par culture requiert une dizaine de jours.De plus, elle permet d'analyser une fraction des bactéries qui ne sont pas considérées habituellement: les bactéries viables, mais non cultivables. En effet, Legionella est une bactérie qui ne prolifère dans les installations qu'au sein des biofilms ou à l'intérieur de certains protozoaires (les légionelles possédant dans ce cas une infectiosité élevée) et, lorsqu'elle est présente dans l'eau, se trouve stressée par les traitements biocides. Dans ces conditions, elle est détectable par détection par ADN, mais ne peut pas l'être par culture.

Les établissements hautement concernés par le risque d'infection comprennent évidemment les centres de santé et autres endroits accueillant des personnes à risque.

Bien que la procédure de dénombrement par culture demeure la méthode conventionnelle, sur laquelle sont basées les valeurs de référence émises par les textes réglementaires et les recommandations, la méthode de détection par ADN permet de réaliser une surveillance régulière et fréquente des installations. Elle rend ainsi possible une réaction rapide en réponse à toute dérive des concentrations en légionelles. 

La gestion du risque lié aux légionelles ne peut se faire efficacement en menant des actions isolées, ou des désinfections massives ponctuelles, mais doit, au contraire, être basée sur un programme complet qui tient compte des spécificités de chaque système et qui associe des procédure de traitement et d'entretien adaptées à une surveillance permanente de l'installation.

Pierre Hiernaux, Ph.D. Microbiologie, Gestion du risque lié aux légionelles

 

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