Encore la légionellose au Québec ; faut-il s’inquiéter ?


11 août 2017

La recrudescence des cas de légionellose au Québec depuis les derniers mois, n’est pas sans rappeler les tristes évènements de l’été 2012 dans le quartier Saint-Roch à Québec. On se souvient que 184 personnes avaient été infectées et que 14 d’entre elles n’y ont pas survécu. Tel a été le bilan de cette éclosion majeure, la plus importante jamais enregistrée au Canada en terme de nombre d’individus affectés. La source de l’éclosion : des tours de refroidissement.

Cette catastrophe a eu comme impact positif, de forcer la mise en place de mesures préventives pour mieux protéger la population contre cette menace environnementale. La réglementation adoptée l’année suivante, établissait les bases essentielles pour limiter les risques et mieux gérer les cas d’éclosion. Les exigences ont graduellement été revues et l’encadrement actuel oblige entre autres, l’enregistrement annuel des tours de refroidissement à la RBQ, le maintien d’un programme d’entretien préventif certifié et le dépistage régulier de la bactérie pathogène dans ces réseaux.

Les récents cas de légionellose recensés à Trois-Rivières, Québec, Granby et Sherbrooke provoquent évidemment un questionnement sur l’efficacité de la législation en place depuis 2013. Sommes-nous bien protégés par les mesures mises de l’avant ? Est-ce que ce règlement est respecté ? Comment peut-on réduire d’avantage les risques d’infection ?

Sommes-nous bien protégés ?

La protection absolue contre les éclosions de légionellose est utopique puisque l’éradication de la bactérie Legionella pneumophila est impossible. La bactérie se retrouve naturellement dans les différentes sources d’eau et peut rapidement se multiplier dans un environnement favorable, dont les tours de refroidissement, la principale source d’infection environnementale. Une réglementation appropriée peut réduire considérablement les risques de prolifération, mais ne constitue aucunement une barrière à toute épreuve.

La législation qui encadre l’entretien des tours de refroidissement au Québec est sûrement imparfaite et peut encore évoluer pour réduire davantage les risques d’éclosion. Par exemple, les seuils critiques de dénombrement de la bactérie pathogène dans les réseaux concernés pourraient être abaissés et des méthodes de détection plus rapides pourraient aussi être utilisées. Malgré tout, dans sa formule actuelle, le règlement encadre adéquatement la conception et la mise en place des programmes d’entretien.

Tel que stipulé au règlement, les mesures préventives, incluant les inspections, le maintien de la qualité de l’eau, les désinfections et les analyses de dépistage, doivent être établies à partir de standard reconnus et l’ensemble du plan d’action doit être certifié par un professionnel œuvrant dans ce champ d’activité. Le professionnel endosse ni plus ni moins la pertinence du programme d’entretien. Dans la pratique idéale, les activités relatives à la maintenance du système d’eau devraient être établies par un groupe de spécialistes qui apportent des éléments complémentaires dans l’élaboration du programme. La lutte efficace contre le risque associé à la bactérie Legionella nécessite effectivement la maîtrise de plusieurs disciplines et expertises dont la mécanique, l’opération, la chimie et la microbiologie.

Est-ce que le règlement est respecté ?

Nous pouvons affirmer que presque toutes les installations de tours de refroidissement au Québec ont maintenant un programme d’entretien conforme à la législation. ‘’Presque toutes’’, parce que malheureusement, il semble qu’il y ait toujours un certain niveau de délinquance associé à une réglementation. Que ce soit par ignorance ou volontairement, pour toutes sortes de raisons, certains gestionnaires gardent sous silence l’existence de leur installation, au risque éventuel d’être à la source d’une infection qui pourrait avoir des conséquences désastreuses pour la population avoisinante et aussi pour leur organisation.

D’autre part, le plan d’entretien développé pour une tour de refroidissement peut être en tout point conforme au règlement en place, encore faut-il qu’il soit appliqué selon les consignes prescrites. Ceci implique que les inspections, les traitements préventifs et les modes d’opération soient respectés dans leur intégralité. La tenue d’un registre pour l’ensemble des activités d’entretien est également exigée, mais il s’agit probablement de l’élément le plus souvent négligé ou simplement oublié. En omettant de documenter les activités, on risque également de les délaisser. Le risque est ici fort présent.

Pour ce qui est des analyses de dépistage obligatoires, on peut difficilement y passer outre une fois la tour de refroidissement enregistrée auprès de la RBQ puisqu’à partir de ce moment, tous les résultats d’analyse obtenus par les laboratoires accrédités lui sont systématiquement communiqués. L’interruption des envois peut donc facilement être détectée et déclencher un processus de vérification. Les intervalles minimaux de prélèvement à tous les 30 jours préviennent quant à eux le risque de dérive pour de longues périodes.

Alors, comment peut-on réduire davantage les risques d’infection ?

Tel que mentionné précédemment, la réglementation en vigueur peut encore être bonifiée par un abaissement du seuil d’intervention d’urgence en cas de dénombrement excessif de la bactérie Legionella pneumophila, actuellement fixé à 1 000 000 UFC / litre d’eau. Une méthode d’analyse plus rapide pourrait également permettre de réduire à 24 heures le délai de réponse qui est présentement de 8 à 14 jours avec la technique conventionnelle. Ces améliorations sont réalistes et pourraient contribuer à une réduction du risque.

Il est important de soulever toutefois que la réglementation actuelle ne couvre que l’entretien des tours de refroidissement. Ces systèmes peuvent disperser l’eau contaminée sur de grandes distances pouvant ainsi atteindre simultanément un grand nombre de personnes. Ceci justifie amplement l’encadrement actuel. Cependant, de nombreuses autres installations peuvent aussi constituer une source d’infection et ne sont sujet d’aucune réglementation.

En fait, tout système d’eau ayant comme caractéristiques, des températures chaudes, la possibilité de stagnation et la particularité de produire une bruine, représente un risque. Ceci inclut particulièrement les eaux chaudes sanitaires, les spas et les fontaines décoratives. Comme la dispersion de l’eau contaminée est restreinte pour ces systèmes comparativement à une tour de refroidissement, le nombre de personnes infectées par incident demeure généralement faible. Toutefois, le nombre global d’infections causées par ces réseaux est reconnu supérieur à celui associé aux tours de refroidissement.

Cette réalité suscite évidemment une sérieuse réflexion sur la pertinence d’instaurer aussi une réglementation pour ces systèmes. Ce type d’encadrement est déjà en place dans de nombreux pays et plus particulièrement pour les établissements de la santé et les centres d’hébergement pour personnes âgées qui comportent une population à risque plus élevée de contracter l’infection. Peut-on aussi négliger les hôtels, les spas et autres sites comportant des installations d’eau propices aux éclosions ?

Une partie de la réponse nous provient des plus récents standards et guides de bonnes pratiques publiés pour la gestion des réseaux d’eau à l’intérieur des bâtiments. Des organisations reconnues telles que ASHRAE, NSF International, CMS, CDC et plusieurs autres ont élaboré des standards qui devront éventuellement constituer les pratiques incontournables dans ce domaine.

Si vous avez des difficultés à respecter le règlement en vigueur ou si vous souhaitez que vos systèmes d'eau domestique soient évalués, contactez les experts de Magnus pour vous guider dans vos démarches.

Contactez-nous dès maintenant pour un audit approfondi de vos installations.

Quelques liens utiles:

ASHRAE

NSF International

CMS

CDC

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